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Grzegorz Karnas
BASIC INSTINCT

Par Lorraine Soliman

« Je suis condamné à être chanteur, ce n’est pas un choix ! », précise-t-il tout sourire, dans un français plus que correct, face à un auditoire encore suspendu à ses onomatopées fascinantes. 19 février 2009, nous sommes dans le Grand Théâtre de Reims, feutré “à l’italienne” revu Art Déco. Comme c’est la coutume ici depuis 2004, la découverte d’une “expérience jazzistique avant-gardiste” se poursuit par une rencontre entre le public et les musiciens.
Tout juste débarqués des quatre coins de la Pologne, Grzegorz Karnas et son Vocal Cello Quintet nous parlent, sans détour, dans un « idiolecte » qui est le leur mais sonne étrangement familier. L’on se surprend à méditer sur les universaux ranimés par la musique et la spontanéité. « J’aime montrer et dire ce que j’ai à dire directement et avec conviction. Ce qui importe, c’est de se sentir en phase avec soi-même, à l’aise dans la forme d’expression choisie. L’énergie et l’assurance inspirent les gens. » Aplomb et naturel : forces de frappe internationales ? traits d’union transidiomatiques ? Peut-être, sans doute, mais « avant toute chose, il faut aimer ce que tu fais », ajoute-t-il. « Et pour cela il te faut trouver ton propre langage, à partir des influences extérieures accumulées et digérées, en fonction de ta constitution physiologique et mentale, et d’un amour profond de la musique bien sûr. Si tu t’exprimes dans un idiome qui est le tien, alors tu n’as pas peur de faire des erreurs puisque chaque faute peut être source d’inspiration nouvelle. Le cercle vertueux du plaisir commence. »
C’est sur ce mode que Grzegorz Karnas communique avec ses quatre complices, à commencer par Adam Oles au violoncelle transfiguré en contrebasse. Entre dix et vingt ans de quête partagée, d’écoute active, de sensations échangées, de connivences cultivées : « Nous formons comme un seul organisme. » La recherche d’une expression sincère, d’un son « juteux et vrai comme celui de Chet Baker ou de Lou Reed, au-delà de la maîtrise technique », c’est aussi ce qu’il transmet à ses élèves de l’Académie de musique de Katowice, dont il est lui-même diplômé. « À la limite, peu importent mes capacités vocales si j’aime entendre les dix sons que je peux produire, et les mélanger au son du groupe. C’est ainsi que l’on devient soi-même. Je suivrai toujours cet instinct basique. Si, de plus, le public adhère, c’est un signe clair que tu es sur la bonne voie. » En toute logique, il énonce ce crédo vital avec une franchise à toute épreuve.
Ses primes années d’apprentissage de la guitare classique lui ont servi de leçon : « J’ai compris que je n’étais pas fait pour supporter cette tension nerveuse liée à l’obligation de jouer rigoureusement ce qui est écrit. Et j’ai très vite pensé que j’avais de l’imagination pour créer mon propre matériel. » Plus au moins quatre ans entre New York et Chicago achèvent d’élargir son horizon, par l’écoute plus que par la pratique.
« Kurt Elling ? J’adore ! C’est vrai que nous avons des « intonations » communes, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai décidé, je ne pourrais pas y échapper même si je le voulais. » Bobby McFerrin reste sans doute sa grande référence : « Un type exceptionnellement doué pour la musique dans tout son spectre, capable d’utiliser sa folie naturelle avec un talent époustouflant ». À moins que ce ne soit Edi Sanchez, ce bassiste de Bogota et amis a Grzegorz « qui [lui] a fait découvrir une attitude unique à l’égard du rythme et de la musique». Mais qu’importe au fond, c’est Grzegorz Karnas que l’entreprenante équipe de [djaz]51 nous a permis de (re)découvrir presque deux ans après son beau succès à Crest Jazz Vocal.

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